J’ai décidé de vous parler plus souvent de mes voyages. Le voyage est une composante indissociable de mon bien être et je l’ai appris avec le temps. Si j’ai parfois tendance à en oublier ses bienfaits, par négligence (toutes les excuses sont bonnes : pas le temps, pas le budget…) une force indescriptible me rappelle à l’ordre régulièrement et me pousse à m’évader.

Pour ceux et celles qui me connaissent peu, j’ai eu la chance de vivre un an en Espagne à Murcia, quelques mois aux USA à la Nouvelle-Orléans. Ces morceaux de vies représentent bien plus qu’un voyage. Mais aussi depuis mon enfance (je suis chanceux je vous l’ai dit), mes parents nous ont régulièrement emmené à droite à gauche, mes soeurs et moi. Bien souvent nous allions en GCU, un réseau de campings qualitatifs réservés aux universitaires, loin de l’image que les gens ont globalement du camping (portée par le fleuron du cinéma français). J’ai le souvenir de vacances abordables, libres et tellement plus proches de la vie locale que dans un circuit organisé ou dans un hôtel. Au delà de l’Italie, la Grèce, la Réunion, le Liechtenstein… nous avons beaucoup passé de temps en France. Car oui, c’est le but de ce billet : pas besoin de partir loin pour s’évader. Je vais essayer d’être plus régulier dans cette rubrique, en commençant par l’expérience du week-end dernier. Je suis sur le départ (dans l’aéroport littéralement) pour le Québec afin de savourer 2 semaines de congés bien attendues. Pourtant, mon dépaysement a commencé dès la fin de semaine précédent mon départ.

Pour faire une surprise à mon papa, mes soeurs et moi avons réservé un gîte au milieu de nulle part, à une distance raisonnable de la capitale des Gaules où il serait facile de nous retrouver depuis Paris et la Bourgogne. Pour ceux qui aiment la vraie nature, avoir une connexion 3G aléatoire et tout simplement ralentir le temps, cette destination est pour vous.

Nous sommes partis de Lyon vendredi vers 18h en direction de Roanne. Un soleil descendant, nappait d’or toutes les petites montagnes de notre champ de vision. Au niveau de Noirétable, nous sommes sortis de l’autoroute pour nous engager sur une nationale, puis une petite départementale. Rapidement, nous nous sommes enfoncés dans des bois épais et portant quelques vestiges de neige de la veille. Deux biches sont passées près du capot dans les kilomètres qui ont suivi et ce sont bien les seuls signes de vie que nous rencontrâmes avant d’arriver aux abords de Chalmazel, après une petite erreur de navigation. Chalmazel est une charmante bourgade qui rassemble quelques centaines d’âmes, une église, une supérette avec quelques produits locaux, deux bars et un joli petit château du XIIème siècle tout en hauteur. De nombreux hameaux s’étiolent sur des kilomètres aux alentours et c’est dans l’un deux que nous nous sommes dirigés après de nouvelles indications glanées auprès d’un couple se chamaillant pour m’expliquer la route.

« Faut prendre Nermond, mais ne descendez pas à droite à la patte d’oie suivante. Vous allez passer Pré Martin, puis après vous allez traverser des bois et vous demander si on vous a pas envoyé vous perdre, mais ne vous inquiétez pas, c’est tout au bout de la route ».

De jolis corps d’étables ponctuent la minuscule route ici et là, puis nous arrivons à destination. Samedi et dimanche, nous avons fait 2 petites randonnées et une rapide ascension du Col du Béal, qui nous a récompensé d’une vue à 360° à couper le souffle. Même en 2h de marche, j’ai été assez ébahi par les paysages changeants, passant de feuillus aux conifères, puis à des passages plus hauts complètements pelés ou herbe sèche, arbres biscornus et arrachés témoignent de la violence des tempêtes qui façonnent ce paysage magnifique. Nous avons vite compris notre chance concernant la météo. Malgré un réveil sous la neige lundi 1er, nous avons eu un grand soleil. Je vous laisse découvrir le tout en images, bien que ces clichés à l’iPhone soient réducteurs de la beauté et du relief qui m’ont empli les yeux et vidé la tête tout le séjour.

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forez-12Ce billet et cette escapade ne pourraient pas être complets sans aborder l’aspect gastronomique de ce week-end. Gourmands de nature, nous avions emmené quelques victuailles avec nous et nous avons pu acheter un peu de fromage local. Pour ma part, j’avais emmené quelques bières de la BBP, le puissant Rasteau d’Elodie Balme, l’une de mes soeurs une quille nommée Les 5 Seaux (Côteaux de Béziers) du Domaine d’Emile et Rose, tout en fraîcheur et de la charcuterie truffée. Côté papa, un Saint-Bris très minéral un Givry de chez Goubard et un Brouilly de chez Daniel Gelin. Lisa pour sa part son Granola maison que nous adorons tous. Dans ma besace, un saucisson, 2 pieds de porc, de l’ail des ours restant de notre cueillette et une fameuse tomme Corse ramenée de mon séjour précédent. En arrivant le premier soir, en l’absence de mixer, j’ai du réaliser mon pesto d’ail des ours avec une planche et une grosse pierre large ramassée dans la cour (et lavée quand même). Un week-end de rêve !

Mais le summum culinaire de notre séjour culminait à 1342m, à la Jasserie de Garnier où nous nous rendîmes samedi soir. C’est une petite expédition et elle se prépare. Il faut d’abord téléphoner pour être sûr que le restaurant est ouvert car en dessous de 12 couverts, le duo de femmes aux commandes ne juge pas nécessaire de démarrer le groupe électrogène permettant d’alimenter les cuisines et nous régaler. Les jours d’ouverture varient aussi selon l’année. Privilégiez l’été, en fin de semaine pour les soirs. L’ascension se fait sur 5km d’une route sinueuse et absolument magnifique dans le soleil couchant. Nous arrivons sur un petit parking au milieu des enclos avec une vue très poétique, entre tons rosés et bleutés d’une nuit qui s’annonce fraiche.

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Nous poussons les deux portes du sas d’entrée pour nous retrouver dans une immense salle avec une cheminée qui pourrait rôtir un boeuf. Vingt paires d’yeux nous dévisagent rapidement avant de retourner dans leurs assiettes copieuses. Nous nous installons et commandons quelques bières locales pour démarrer. Betty nous prévient : c’est le menu Terroir qui nous attend, pas de choix mais il y a tout ce que l’auberge fait de mieux dedans. Un immense plateau de charcuterie locale arrive. Une véritable ode au porc composée de saucisson, de deux sortes de pâtés et tapissé de tranches de jambon cru que l’on nous conseille de consommer avec modération pour en avoir avec le plat. Une salade pour 8 arrive aussi sur notre table de 4. Après s’être affairé sur cette belle entrée en matière, la pièce maîtresse nous est apporté : un gros plat en terre cuite (30cm de diamètre au moins) fumant rempli de patia. Qu’est-ce que le patia allez-vous me dire? C’est un délice Forézien composé de pommes de terre (beaucoup) cuites dans de la crème crue (beaucoup) agrémenté d’ail.

« Le Patia, des fois il vous attrape puis il vous lâche pas ! » commente Betty. Nous sommes prévenus, il sera impossible cependant de venir à bout du plat, même à grandes rasades d’un très bon Côtes du Forez intitulé sobrement La Volcanique du Domaine Verdier-Logel qui vient rafraîchir l’ensemble. Un plateau de fromage gargantuesque arrive ensuite, à discrétion. « Vous gérez votre repas comme vous voulez hein« , commente encore notre hôte. Une fourme de Montbrison entière domine un chèvreton (chèvre/vache), 2 chèvres, 2 vaches bien crémeux et une tomme de pays… Après avoir survécu au plateau, un pâté aux pommes et une tarte aux noix accompagnées de leurs glaces à la crème maison et myrtilles atterrissent sur la table. Pour digérer tout cela, nous appuyons le dessert avec une gentiane de Salers et une Cristille, liqueur locale de Noirétable pour se donner du courage pour le retour. Heureusement que nous ne sommes que trois à boire. Les convives quittent peu à peu l’auberge dont les lumières vacillent en fonction des caprices du générateur. Dehors, le vent souffle, ratisse la montagne sous un ciel étoilé énorme. Nous reviendrons, c’est sûr.

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Author Antoine

Globe trotteur gastronome, mes nombreux voyages en Europe et aux Etats-Unis ont influencé ma cuisine et ma quête constante d'une qualité de vie qui met au centre la gourmandise. Je suis aussi le fondateur de Mingle, une agence de conseil en communication.

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