Le Riesling s’invite au Passe-Temps

Le vignoble d’Alsace est une région assez méconnue, parfois victime de stéréotypes et qui produit des flacons peu disponibles. Non, les vins d’Alsace ne sont pas toujours moelleux. Oui, ils sont difficiles à trouver sur Lyon ou encore en Bourgogne, ma région d’origine. Quel viticulteur Alsacien n’a pas entendu comme réponse d’un restaurateur ou d’un caviste « Votre vin est vraiment bien, mais nous avons déjà une référence à la carte, merci ».

salle
Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, j’ai été ravi d’accepter un moment gourmand et découverte 100% Riesling au Passe-Temps. Pour ceux qui ne connaissent pas l’établissement, il se situe au 52 rue du Tronchet dans le 6ème arrondissement, discrètement caché derrière une jolie façade en bois. Une entrée dérobée permet rapidement de s’abstraire des futilités du temps qui passe et du tumulte de la ville.

Il est agréable de se laisser guider par la qualité de l’accueil et du service, correspondant aux standards d’un lieu qui se permet de tutoyer les étoiles, du moins une pour le moment. Au milieu de la pièce trône un coffre-fort réfrigéré abritant des grands crus. Même s’il faudrait probablement que j’abatte un mur de l’appartement pour faire entrer cette vitrine massive, vous savez quoi m’offrir pour Noël prochain. Je me réjouis. Ce n’est peut-être qu’une théorie personnelle, mais je trouve que les accords vins d’Alsace et cuisine gastronomique permettent un vrai dialogue. Je l’avais déjà expérimenté à PRaiRial lors d’un premier épisode Alsace et vérifié durant d’autres repas étoilés qui ont ponctué mes pérégrinations gastronomiques depuis.

La cuisine du chef Coréen Younghoon Lee est assez poétique à regarder. Le dressage est un aspect qui m’émerveille et m’importe de plus en plus. En bouche, les différents plats proposés conjuguent saisonnalité et justesse.

entree

(Asperge blanche / Truite de mer marinée au sel / Pamplemousse)

Après un accueil au crémant d’Alsace du Domaine FREY-SOHLER, les vignerons présents nous parlent tour à tour de leurs domaines respectifs et des vins sélectionnés pour le repas. Au nombre de deux par table, cette disposition nous a permis d’échanger plus librement. J’ai eu la chance de partager ce moment d’exception avec Frédéric SCHMITT du domaine éponyme et Etienne-Arnaud DOPFF du Domaine Dopff au Moulin.

La richesse du terroir alsacien est assez incroyable me confie mon voisin : gneiss, gypse, granite, grès, schistes, volcanique ou encore ardoise… Combinée au Riesling, un cépage qui laisse parler les sols, cela vous donne une palette d’expression extrêmement large. Laissez de côté le souvenir de ce « Gewurtz » archi moelleux et compoté que votre mémé vous a servi à Noël avec le foie gras. Explorez cette jolie minéralité, ces agrumes, cette tension, cette acidité, cette fraîcheur. C’est beau.

plat1

(Lieu jaune / Légumes verts / Crevette Grise)

Même si globalement tous les vins dégustés m’ont plu, voici ceux qui ont particulièrement retenu mon attention avec quelques notes personnelles à chaud :

Riesling lieu dit Grossberg 2014 du Domaine Jean SIPP : un vin discret au départ qui s’ouvre ensuite généreusement, des notes de fruits blancs et particulièrement la pêche de vigne de mon enfance

Riesling 2014 lieu dit Hannesacker de la Cave de CLEEBOURG très citronné avec une finale tonique

DOPF AU MOULIN et son Riesling de Riquewihr 2013 : de la rondeur et une gourmandise prometteuse au nez, opposé à une certaines tension en bouche, une belle dualité nez/bouche

Pierre Henri Ginglinger prend la parole. Il porte la 12ème génération de viticulteur de sa famille. Son Grand Cru Ollwiller 2013 est un vin plus acide, plus frais et plus discret

dessert

(Glace au lait / Fraise mara des bois / Thé matcha)

Nous concluons enfin cette délicieuse interlude par des vendanges tardives, avec deux jolies références :

SCHOENHEITZ Lieu-dit LinsenbergVendanges tardives 2012 : une puissance maîtrisée, florale et quelques touches délicates de melon vert, une finale pas trop confite, une certaine fraicheur même

Grand Cru Pfingstberg 2014 « Paradis » Vendanges tardives du Domaine François Schmitt : une amertume délicate vient désucrer un peu la note finale, vraiment excellent

Le hasard fait parfois bien les choses car Frédéric Schmitt est mon voisin de table. Suite à nos échanges sur l’importance capitale d’une amertume dosée, il me propose de déguster son Riesling Bollenberg 2015 sec, sur les agrumes et la tension que j’ai aussi beaucoup apprécié. Un Domaine à retenir !

À la vue du mercure de ces derniers jours, faites comme-moi, harcelez vos cavistes et buvez l’Alsace !

Pour plus d’informations : www.vinsalsace.com

 

Author Antoine

Globe trotteur gastronome, mes nombreux voyages en Europe et aux Etats-Unis ont influencé ma cuisine et ma quête constante d'une qualité de vie qui met au centre la gourmandise. Je suis aussi le fondateur de Mingle, une agence de conseil en communication.

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